Luttes des classes, mystique vaccinale et peur de la mort : les ferments d'un totalitarisme qui abolit notre devise républicaine

Luttes des classes, mystique vaccinale et peur de la mort : les ferments d'un totalitarisme qui

par Guillaume Palette

TRIBUNE - Les raisons politiques de l’extension du passe sanitaire aux activités de la vie courante étaient le sujet de ma tribune précédente. En effet, l’incohérence de ce paquet de mesures avec tout rationnel sanitaire m’avait poussé à chercher du côté d’un jeu politique, avec en toile de fond la volonté d’Emmanuel Macron de séduire un électorat âgé et plutôt à droite, sur lequel se jouera la prochaine présidentielle. Si les raisons politiques apparaissent aujourd’hui claires, j’ai souhaité me pencher sur les conséquences éthiques et sociétales de ces mesures, qui sont rendues possibles par des courants de fond qui traversent notre société depuis plusieurs décennies, mais accentués depuis le début de la crise sanitaire.

Clivages sociaux et mépris de classe


La crise récente montre un fossé, qui s’était peut-être déjà aggravé lors de la crise des gilets jaunes, qui clive la population française en deux groupes très polarisés et un ventre mou qui observe ce clivage d’un œil intrigué mais ne souhaite pas prendre parti.

  • D’un côté une élite autoproclamée, qui s’imagine plus « diplômée » mais ne l’est pas toujours, considère que l’autre est inculte, complotiste, et se complaît à l’assimiler aux extrêmes politiques pour la décrédibiliser par association. Renforcée en cela par le sentiment de « savoir ce qui est bon pour l’autre » avec une « bien-pensance » biaisée par des années de lente évolution dans une société privilégiée et individualiste.
  • De l’autre, une frange revendicative, qui se présente elle-même comme « le peuple », mais qui est surtout celle des plus agacés. Elle considère l’autre partie comme les suppôts du pouvoir et du grand capital, dans une caricature qui nuit souvent à sa crédibilité.  Cette partie est facilement stigmatisable par des étiquettes et pourtant, elle comprend des groupes bien distincts allant des illuminés agacés aux personnes à la recherche d’un alternative à la société de consommation capitaliste.


Ce qui polarise le débat est la condescendance ambiante qui s’exerce envers les sceptiques du passe sanitaire, catalogués par ses partisans en « antivax », le nouveau mot fourre-tout, et assimilés, comme à l’époque des Gilets Jaunes, aux extrêmes, depuis que Florian Philippot, Francois Asselineau et quelques LFI ont dénoncé le caractère autoritariste des mesures. Mais si certains politiques d’extrême-droite ont essayé de s’approprier ce combat, et si les antivax sont en effet anti-pass sanitaire, cette sur-simplification n’en reste pas moins fausse : il y a en effet de nombreux vaccinés qui sont contre le passe sanitaire, ainsi que des centristes et des personnes très diplômées. Enfin, il serait incomplet de ne pas chercher certaines causes dans la «Manif pour tous » en 2013 ou les diverses manifestations sur les réformes des retraites (2010 Woerth, 2003 Fillon, 1995 Juppé), réformes qui engendrent des clivages transgénérationnels. Ainsi, c’est à travers un mépris de classe mal placé et une polarisation excessive des sujets de société que se met en place un clivage social durable et mortifère pour notre société.


Le totalitarisme vaccinal


La violence de ce clivage et des échanges qui le provoquent découlent souvent de positions marquées par l’incapacité de la partie adverse de sortir d’un certain totalitarisme vaccinal, de cette idée que la vaccination est l’alpha et l’oméga de toute politique de santé publique. A grand renforts d’éléments de langage comme « la France est le pays de Pasteur », « les enfants ont bien 11 vaccins obligatoires », « on a éradiqué la variole grâce au vaccin » ou de « l’ARN messager a été découvert il y a 56 ans par des Français qui ont eu le Prix Nobel, on a bien assez de recul », on se rend surtout compte de l’incapacité de mettre en cause, via des arguments rationnels, les limites pourtant tout à fait prévisibles de cet incroyable outil de santé publique qu’est pourtant la vaccination.

Il est tout à fait vrai que la vaccination a sauvé des millions de vies dans l’histoire de l’humanité, permettant l’éradication de la variole, et que l’ARN messager est une technologie extrêmement prometteuse. Cependant le manque criant de culture scientifique de cette « élite autoproclamée » qui pourtant encense la « Science », lui fait oublier que la rage tuait 100% des malades contre moins d’1% pour la Covid. Elle lui fait oublier que la variole est un virus très stable, qui mute très peu, et que l’efficacité du vaccin supérieure à 95% fait qu’une immunité collective est effectivement atteignable, ce qui n’est pas le cas avec les vaccins actuels et le variant delta. Elle lui fait oublier que l’ARN messager n’avait jamais été utilisé comme vaccin avant 2020 et que les incidents de santé médicamenteux mettent en moyenne 4 ans à être qualifiés par les autorités sanitaires. Elles lui font oublier que le virus bien connu le plus proche, avec des vaccins à l’efficacité similaire, la grippe, revient tous les ans malgré la vaccination d’une partie de la population, chaque année croissante.

Cette quête d’une sur-simplification salutaire, « le vaccin est la seule solution », assénée par les autorités et une frange minoritaire mais très visible de nos élites médicales, la rend incapable de concevoir une approche modérée, et la pousse dans une attitude que l’on peut qualifier de totalitarisme vaccinal. Le vaccin pour tous, pour en finir avec le virus. L’immunité collective ou rien. Le « rien ne marche » entendu maintes fois au sujet des traitements précoces. Le vaccin semble efficace à prévenir les formes graves, mais l’éradication du virus par le vaccin, ce n’est pas, de l’avis de personnalités qualifiées comme Stéphane Bancel, le PdG de Moderna, pourtant inventeur et fabricant du vaccin ARN messager, ce qui va se passer dans les mois et années à venir.

La supériorité du sanitaire sur les libertés et le secret médical


Naturellement, la vaccination devient alors un objectif sacré, auprès duquel tous les acquis sociétaux deviennent accessoires. Les libertés publiques, fruits de siècles de lutte, sont alors piétinées. Ceux qui défendaient le secret médical il n’y a pas si longtemps, pour (à juste titre) éviter la discrimination des sidéens, réclament à cor et à cris que chacun porte un passe sanitaire et justifie à chaque moment de son existence de son statut vaccinal et médical. Toutes les digues sautent, toutes les barrières.

Un changement générationnel dans la relation à la mort


Tout cela est également révélateur d’un profond changement, survenu en à peine une génération, de la relation par rapport à la mort. Il est troublant de voir que ceux qui prônent ces mesures sont presque intégralement de la génération qui n’a pas connu la Seconde guerre mondiale. Cette dernière, lors de la pandémie de la grippe de Hong Kong en 1968, n’avait pas souhaité remettre les fragiles acquis, et avait géré la crise comme l’humanité les a toujours gérées, en soignant au mieux les malades et en acceptant que, face à la maladie, il est naturel que les plus fragiles, malgré les soins prodigués, puissent décéder. C’est ce qui se produit chaque année, chaque hiver, et pourtant ne fait l’objet d’aucune polémique.

Or, aujourd’hui, toute une génération a été tétanisée, certes avec une communication extrêmement anxiogène, et se retrouve traumatisée à l’idée qu’elle risque de contracter une maladie extrêmement létale. La mort et la maladie deviennent inacceptables.

Cela pose plusieurs graves problèmes. Bien entendu cela génère une anxiété énorme, qui s’est traduite par une hausse inédite des problèmes psychologiques en France. Cette anxiété génère une agressivité, qui est évidemment amplifiée par le prisme des réseaux sociaux. Les commentaires haineux de certains à l’égard de ceux qu’ils appellent « antivax » ou à un autre moment « rassuristes » ne s’expliquent que par cette anxiété énorme à l’idée d’un virus qui peut prendre votre vie du jour au lendemain, ce qu’on vous rappelle à chaque minute de la journée par des clips télévisés, des publicités radiophoniques, ou le traditionnel bilan journalier du DGS Salomon.

La criminalisation du malade et la fausse « fraternité » sanitaire


Bien entendu, si l’on risque fort de mourir, et que certains propagent le virus, l’anxiété et la désorientation peuvent conduire à faire le rapprochement. Les malades porteurs du SARS-COV-2 sont donc devenus, pour certains, des criminels en puissance. D’autant plus dangereux que certains, les « asymptomatiques », sont indétectables, et peuvent sournoisement vous transmettre le virus mortel.

Notre société a vu, à l’occasion de cette crise, un grand tabou être franchi. Avec la grippe, quand enfant, on contaminait notre grand-mère, et que celle-ci décédait quelques jours ou semaines plus tard, aucun rapprochement n’était fait. Le contaminateur n’avait jamais, depuis le moyen-âge, autant culpabilisé. D’abord par les individus anxieux, puis par la propagande officielle du Ministère de la Santé, qui institutionnalisait cette nouvelle condition de « malade criminel ». Un nouveau cap était franchi lors de la campagne vaccinale, où le non vacciné, encore plus s’il l’était par choix, devenait, de-facto, un criminel en puissance.

Face à ce phénomène, une propagande tout aussi insidieuse soutient que la fraternité consistait à se vacciner « pour les autres » ce qui est objectivement un grave détournement de toute l’éthique médicale, qui vise à traiter un patient en fonction de son bénéfice-risque individuel et non pas d’un bénéfice collectif non prouvé. Détournement de l’éthique médicale, mais aussi détournement de l’éthique tout court : il n’est de fraternité que fraternité choisie. On n’impose pas au nom de la fraternité. La fraternité imposée est le début de toute dictature, dont elle constitue le socle, l’URSS en est la parfaite démonstration historique. Or, les défenseurs de l’obligation vaccinale et d’un passe sanitaire qui n’en est qu’une version piteusement déguisée, se drapent presque systématiquement dans cette fraternité dont ils salissent le nom. « Faites-le pour les autres ». Oui, si je suis libre d’en faire le choix !

« Liberté, Égalité, Fraternité »


La Fraternité nous rappelle à la devise de notre République, "Liberté, Égalité, Fraternité". Le passe sanitaire étendu nie ces trois valeurs, en rompant l’Égalité, créant deux catégories de citoyens, celle qui a une liberté conditionnelle, qui n’est pas la Liberté mais un ersatz insipide de liberté contrôlée, et celle qui n’en a juste pas du tout (de liberté). Tout cela au nom d’une Fraternité imposée qui nie ce qu’est la vraie Fraternité, la Fraternité choisie.

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