Ceci n’est pas un masque !

Ceci n’est pas un masque !

Au XVIIème siécle, les médecins ne parvenaient pas à soigner la peste, mais ils prétendaient en être capables.

Ils revêtaient un masque et des lunettes qui, prétendaient-ils, les préservait du mal. Identiquement, pendant l’épidémie de grippe espagnole, le gouvernement japonais ordonna à sa population de porter des masques chirurgicaux européens pour les préserver de la maladie.

Aujourd’hui, le masque s’est généralisé, cette fois contre la Covid. Cependant les études sont formelles : la généralisation de ces masques n’a aucun effet sur la propagation de maladies bactériennes ou respiratoires.

L'obligation du port généralisé du masque est emblématique de la gestion de la « pandémie ». Cette contrainte n’est pas d’ordre sanitaire et témoigne d’un hors sens. C’est un commandement se présentant, en même temps, comme une loi et la destruction de celle-ci. Elle est le passage à l’acte d’une sortie du Politique.

Les raisons de l’obligation peuvent se résumer au fait que, sans elle, il n’y aurait aucun signe manifeste de « l’extrême » gravité » supposée de la covid. La centralité du port du masque réside dans le fait, qu’en nous rappelant constamment la « pandémie », la contrainte nous place dans le regard du pouvoir nous confisquant notre intime.

Elle réduit la conscience à un « s’éprouver soi-même ». « L’expérience de ne pas pouvoir sortir de soi » n’est pas une chose extérieure, elle n’occupe pas une partie de notre existence, elle devient notre vie même.

Ce qui s’éprouve marque le « covidé », car c’est un discours sans parole, ne pouvant s’inscrire et ainsi faire corps. Il empêche tout oubli et ne peut être refoulé. Constamment réactivée, l’obligation du port du masque provoque un éternel retour du traumatisme.

Le discours sur la « pandémie » s’oppose à la culture, il nous enferme dans « la vie nue ». Il menace la capacité de tout être humain de refouler, afin de de ne pas être pétrifié. Ici, le masque corona dévoile directement le Réel humain, plus précisément, son « être pour la mort ».

L’obligation devient alors une loi suprême conditionnant notre « liberté » et instituant un rapport négatif avec soi et avec l’autre. Elle nous enjoint de renoncer à notre vie. Le réel de la mort n’étant plus canalisé par la culture, il recouvre la totalité de l’existence.

Ainsi, le masque corona n’est pas l’articulation du symbolique et du réel. Il n’est donc pas un masque, car il n’est pas voilement. À l’opposé du masque grec ou romain, il ne dissimule pas le visage, il le fait disparaître.

Là où porter un masque relevait d’une fonction de protection du corps symbolique, il devient, ici, profanation du corps social et individuel. Il n’est plus, comme le masque de l’antiquité grecque, une articulation entre le visible et l’invisible et ne permet plus d’accéder à un réel voilé. Le masque corona est au contraire une provocation du Réel, permettant un déchaînement de la pulsion de mort.

La pulsion de mort est la structure même de la pandémie. Générique et universelle, elle se « fonde sur une détresse physiologique et sur la rage impuissante » de l’infans, de celui qui ne peut parler. Elle empêche tout libre arbitre et induit une acceptation généralisée du port du masque. Cette pulsion devient la revendication d’un idéal qui est d’échapper à la condition humaine et ainsi l’acceptation d’un passage vers le transhumanisme.

Un « faire voir »

C’est bien dans le cadre d’un « faire voir » que l’OMS recommande de porter le masque, alors que, en même temps, il reconnaît que ce dispositif ne permet pas d’arrêter le virus et de protéger celui qui le porte. L’avantage que l’organisation voit dans cette incitation réside dans la modification des comportements des populations, qui sont encouragées à fabriquer elles-mêmes leur propre masque et à prendre ainsi activement part à leur destruction.

Pour l’OMS, le masque devient aussi « un moyen d’expression corporelle », propre à favoriser l’acceptation globale des mesures de « protection » . Bien que l’action du pouvoir ait pour effet de propager la maladie, porter le masque devient une demande de protection. Le masque est alors communion avec l’autorité, une adhésion devant relever d’une initiative personnelle de se soumettre à des injonctions dé-réalisantes.

Le pouvoir rend la « pandémie » terrifiante en tant que vie contaminée . Son existence est alors construite comme un fait social « total, irréversible, imprévisible et irréparable  ». Le port permanent du masque devient alors le paradigme de la catastrophe. Il est exhibition, par les porteurs eux-mêmes, de mesures qui, non seulement, ne les protègent pas, mais les affaiblissent physiquement et psychiquement. L’adhésion au discours du pouvoir est une fixation mortifère à son dire, elle résulte d’une une technique de soumission qui fait reporter la charge de l’asservissement sur les individus qui s’y soumettent.

À travers le port du masque, nous portons notre culpabilité, celle d’être un vecteur de transmission de la maladie, un péché dont nous devons nous purifier par un surcroît de soumission. Alors qu’elle est déjà plus que respectée par la population, l’injonction de porter le masque est constamment répétée. D’abord présentée comme une mesure provisoire en l’attente du vaccin salvateur, il est aujourd’hui affirmé que, malgré la vaccination, le port du masque s’avérera toujours nécessaire .

Le masque corona s’inscrit dans l’idéologie de la transparence. Le visage qu’il dissimule disparaît comme simple reflet du regard de l’autre . Il renvoie à une image béante, dont le porteur ne peut s’absenter. Le masque permet ainsi une identification avec le regard médusant. Il en résulte une relation incestueuse, une fusion avec la jouissance du pouvoir, relevant de l’obscène.

Le masque : une technique d’enfermement

Partout dans le monde, le pouvoir a mis en pratique des techniques d’isolement de plus en plus sophistiquées, telles les prisons de type F , devant produire un état de privation sensorielle du prisonnier. L’isolement caractérise la modernité. Il se retrouve à la fois dans la société et dans la prison. Ici, dans la pandémie, la technique d’enfermement relève de la post-modernité. Le confinement, le port du masque ou les mesures de distanciation n’ont pas pour seul but d’isoler le corps du covidé du corps social, mais aussi de le couper de lui-même.

Le traitement réservé actuellement à notre corps fait immédiatement penser à la technique d’enfermement utilisée au bagne de Guantánamo. Ce camps inaugure une nouvelle exhibition, non du corps, comme dans l’ancien régime ou dans la mise au travail du début du capitalisme, mais de son image, plus précisément une négation de l’image du corps.

Non seulement les yeux des prisonniers étaient masqués par des lunettes opaques, mais leur nez et leur bouche étaient recouverts par un masque chirurgical. Le corps du prisonnier est confisqué, non pas pour le soumettre, mais pour qu’il reste enfermé en lui-même. Rien ne doit détourner l’esprit du prisonnier d’un enfermement, devant être perçu comme n’ayant ni début et surtout ni fin

Les dernières fonctions d’un emprisonnement, sans limite de temps, se retrouvent dans le port du masque corona. Le recouvrement des mains par des gants et le port permanent du masque médical ne sont pas les seules procédures communes avec le bagne de Guantánamo. Dans les deux cas, l’emprisonnement est à la fois extérieur et intérieur. Il nous enferme dans notre impuissance et nous conduit à un état, plus ou moins avancé, de privation sensorielle, productrice de la psychose. Coupé des autres et de lui-même, le psychotique n’est plus « en communication » qu’avec le virus et les injonctions des autorités. Les corps masqués donnent alors une visibilité à l’invisibilité de la guerre contre le coronavirus, de même que les images des prisonniers de Guantánamo donnent une existence à la guerre contre le terrorisme.

Par  Jean-Claude Paye et Tülay Umay

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