Colombie : une grève nationale qui prend le virage d'une pré-révolution

Colombie : une grève nationale qui prend le virage d'une pré-révolution

Ce mercredi 28 avril, le coeur de la "Paro Nacional" (une série de manifestations initiée en 2019 par le peuple colombien) battait son plein.

Et pour cause, le peuple colombien souffre d'une situation sanitaire et économique gravissime.

Majoritairement composé de quartiers populaires, le pays est touché par une montagne de problèmes, causés notamment par les décisions du gouvernement.

Après que le Covid-19 a frappé la Colombie, c'est la stratégie du confinement strict qui a été choisie, dessinant une ligne de départ vers la chute libre.

Aujourd'hui, un an plus tard, selon les mots d'une informatrice qui est sur place, la majorité des Colombiens vit grâce à l'économie informelle, vendant jour après jour ce qu'ils peuvent pour survivre. La dynamique économique induite par la pandémie empêche de nombreux foyers de se nourrir convenablement.

Par ailleurs, ils n'arrivent plus à travailler du fait des confinements successifs, couplés au tourisme qui est devenu inexistant. Aucun Colombien ne bénéficie d'aides sociales, tous doivent donc payer leurs médicaments au prix coûtant, en pleine crise sanitaire. Les plus jeunes d'entre eux, depuis un an, ne bénéficient d'aucune éducation.

Cerise sur le gâteau, le gouvernement fait passer une réforme tributaire afin d'augmenter les taxes sur les produits de première nécessité, ainsi que l'essence. Peut-on être plus pauvre que pauvre ?

Résultat, le peuple se soulève et cela ressemble à une "pré-révolution" causée par une situation "tragique".

La révolte colombienne était latente depuis longtemps déjà, et les manquements du gouvernement d'Iván Duque commençaient à se faire nombreux : assassinats de guérilleros qui se poursuivent même après un accord de paix ; utilisation de l'armée pour espionner politiciens, journalistes et juges ; bombardements militaires meurtriers ; fracturation hydraulique du pays ; et enfin utilisation abusive de la force par la police lors des manifestations de 2019-2020.

À la colère s'ajoute donc la faim et la peur d'un peuple en détresse. Pour couronner le tout, la maire de Bogotá annoncait la veille dans un discours que "les deux semaines à vivre seront les plus difficiles de notre vie", prononçant onze fois le mot "sacrifice" tout au long de sa prise de parole.

C'est dans cette ambiance chaotique que Colombiennes et Colombiens sont sortis pour mettre en place des barages logistiques et bloquer les routes, l'objectif étant de bloquer le pays pour forcer la sphère décisionnaire à changer les choses, ou tout simplement d'appeler à l'aide.

Malgré les interdictions de sortie, l'augmentation du nombre de cas de Covid-19, ainsi que le risque d'emprisonnement allant de quatre à dix ans pour "mise en danger d'autrui", le gouvernement note plus de cinq millions de Colombiens dans les rues le 28 avril, pour un pays qui en compte 49 millions. Leurs mots d'ordre : "Ahora o nunca", "Si la ley sigue, el paro sigue". ["Maintenant ou jamais", "Si la loi continue, la grève continue"].

"Si un pueblo protesta y marcha en medio de una pandemia, es por qué su gobierno es más peligroso que el virus."
Si un peuple manifeste et marche en pleine pandémie, c'est parce que son gouvernement est plus dangereux que le virus.

À Calí comme à Bogotá ou à Medellín, la tension est rapidement montée. Dès 8h30, les premières arrestations ont lieu.

À 9h, les affrontements entre la police et le peuple sont engagés. Comme à chaque fois, le pouvoir sort son arsenal et les manifestants se font entendre comme ils peuvent. Des véhicules sont incendiés, des banques sont vandalisées, des supermarchés pillés, des postes de police attaqués, des statues déboulonnées.

Le désespoir parle de lui-même.

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